McKinsey Scandal
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La firme McKinsey a participé à l’écriture d’un important rapport des Nations unies sur le financement de la lutte au changement climatique, elle envoie des délégations dans les COP sur le climat, commandite la « Climate Week » à New York et ses analyses sont utilisées par plusieurs gouvernements qui souhaitent atteindre la carboneutralité. Mais la firme de consultants conseille également les plus grands pollueurs de la planète, ce qui soulève des inquiétudes quant aux potentiels conflits d’intérêts.
Le 1er décembre 2022, quelques jours avant la tenue de la COP15 sur la biodiversité à Montréal, le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a publié un communiqué de presse indiquant que le financement de solutions basées sur la nature devrait atteindre 484 milliards par an d’ici 2030, si les États veulent limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius.
Le PNUE a fait cette recommandation en citant le rapport « State of Finance for Nature 2022 ».
Trois employés de Vivid Economics, une entreprise qui appartient à McKinsey, font partie des experts qui ont participé à l’écriture de ce rapport onusien.
« C’est comme si le fabricant de cigarettes Philip Morris écrivait une analyse pour l’administrateur de la santé publique », a réagi l’ancien consultant de McKinsey Erik Edstrom, en entrevue avec La Presse Canadienne.
« L’analyse n’est peut-être pas nécessairement mauvaise, mais vous engagez une firme qui va rendre encore plus difficile la probabilité de maintenir les émissions de GES en dessous des cibles », car « cette firme de consultants va ensuite créer toutes sortes de graphiques et de prévisions et fournir des avantages stratégiques aux sociétés d’extraction de charbon et aux grandes entreprises de combustibles fossiles », a indiqué celui qui a été consultant en environnement en Australie pour la firme McKinsey pendant un an et demi.
« Quand l’ONU engage McKinsey, elle engage une firme qui est hypocrite », a-t-il dénoncé.
Fondé en 1926 par un professeur de comptabilité désireux de fournir au gouvernement et aux entreprises des solutions scientifiques aux problèmes les plus complexes, McKinsey & Company est devenu le cabinet de conseil le plus prestigieux du monde. Cette « organisation axée sur les valeurs », soucieuse de créer « un changement positif et durable dans le monde », engrange des revenus de plus de 10 milliards de dollars par an, tout en mettant en avant ses initiatives environnementales et sociales, et ses bonnes œuvres. Auréolée d’une réputation de professionnalisme et de rigueur, « la firme » reste cependant entourée de mystère. Elle a toujours refusé de dévoiler la liste de ses commanditaires (par ailleurs tenus par des accords de confidentialité) ou la nature de ses conseils.
D’où l’intérêt de l’enquête minutieuse de Walt Bogdanich et Michael Forsythe, du New York Times, qui explore le système, et met en relief le décalage entre le discours et la réalité (1). Ainsi McKinsey a adhéré au Pacte mondial (Global Compact) de l’Organisation des Nations unies (ONU) — qui énonce des grands principes auxquels souscrivent les entreprises signataires contre la corruption, en faveur des droits humains ou de l’environnement —, mais continue de compter parmi ses clients les gouvernements les moins recommandables et de travailler pour les plus grands pollueurs.
Depuis plus d’une décennie, les révélations embarrassantes se multiplient. En Afrique du Sud, durant la présidence de M. Jacob Zuma (2009-2018), McKinsey a été impliqué dans une vaste opération de pillage de fonds publics dans des compagnies d’électricité et de chemin de fer. Aux États-Unis, alors que quelque 47 000 personnes mouraient de surdoses de l’analgésique opioïde OxyContin, McKinsey recommandait au laboratoire Purdue Pharma, son fabricant, une stratégie pour en « booster » les ventes. Dans les deux cas, McKinsey s’est acquitté d’amendes importantes. Mais n’a pas reconnu sa culpabilité.
Tout en travaillant pour la plupart des géants de l’industrie pharmaceutique, sans compter les industries du tabac et du vapotage, le cabinet conseille également la Food and Drug Administration (FDA), l’agence qui les surveille et qui encadre leurs activités. Il a d’ailleurs toujours eu pour clients des organismes privés et publics qui sont en concurrence ou ont des visées divergentes. Il œuvre ainsi simultanément pour la société d’ingénierie chinoise chargée de construire des bases militaires dans les eaux contestées de la mer de Chine méridionale et le département de la défense américain, opposé à ces incursions. En Arabie saoudite, il entretient d’étroites relations avec le géant du pétrole Aramco, tout en jouant un rôle essentiel dans le projet « Vision 2030 », qui aspire à débarrasser le royaume de sa dépendance aux hydrocarbures. La firme multiplie les conflits d’intérêts, mais en tire un argument de vente supplémentaire (« Ce qui importe, c’est aussi ceux que nous connaissons et ce que nous savons »). Un autre volet de sa stratégie d’influence repose sur la diffusion de concepts destinés à faire école par le biais du McKinsey Global Institute, son think tank, qui a popularisé ses idées sur la titrisation des produits financiers, les délocalisations ou les moyens d’augmenter la rémunération des patrons.
La France a connu ses propres « affaires McKinsey », liées à la l’optimisation fiscale ou aux financements occultes de campagnes électorales. Elles ont fait l’objet de rapports accablants de la Cour des comptes et d’une commission d’enquête du Sénat (2). L’emprise des cabinets de conseil sur la sphère publique a pour origine le vaste projet d’économies budgétaires lancé en 2007 durant le quinquennat Sarkozy sous le nom de révision générale des politiques publiques (RGPP). Elle s’accélère sous la présidence de M. Emmanuel Macron, dont M. Alain Minc, qui fut l’un de ses parrains politiques, dira : « C’est l’idole des consultants ! Tout simplement parce qu’il est comme eux. Il s’habille comme eux, il pense comme eux, il connaît leurs codes… »
En pleine crise sanitaire, les missions à court terme se sont éternisées, les consultants se sont incrustés. Et l’État paie toujours deux fois : « la première pour que des cabinets l’incitent à rogner les budgets, la seconde pour que ces mêmes cabinets l’aident à suppléer les carences qu’ils ont eux-mêmes contribué à organiser (3) ». Les économistes Mariana Mazzucato et Rosie Collington de l’University College de Londres parlent d’une « grande arnaque », qui « affaiblit les entreprises et infantilise nos gouvernements » (4).
« Voulez-vous vraiment embaucher quelqu’un qui travaille contre vos propres objectifs dès le lendemain avec une équipe beaucoup plus nombreuse ? », a demandé Erik Eldstrom en ajoutant que McKinsey aide des entreprises qui « turbopropulsent les impacts des changements climatiques ».
Le livre When McKinsey Comes to Town, écrit par deux journalistes du New York Times, rapporte que parmi les 100 plus grands émetteurs de gaz à effet de serre de la planète depuis 50 ans, McKinsey en a conseillé au moins 43 depuis 2010, dont BP, Exxon Mobil, Gazprom et Saudi Aramco, générant des centaines de millions de dollars de profits pour ces entreprises.
Selon le comté de Multnomah, en Oregon, McKenzie ne fait pas seulement que conseiller les grandes pétrolières pour qu’elles fassent plus de profits, la firme new-yorkaise a aussi aidé ExxonMobil, Shell, Chevron, BP et d’autres pétrolières à tromper la population sur les changements climatiques.
Le comté de Multnomah poursuit plusieurs pétrolières et la firme McKenzie pour les tenir responsables d’un épisode climatique extrême, une vague de chaleur qui a tué 69 personnes en 2021.
« McKinsey a coordonné et participé à une campagne délibérée de désinformation visant à minimiser et/ou nier carrément la relation causale entre les émissions de GES de ses clients et les évènements météorologiques extrêmes », peut-on lire dans la poursuite.
Le comté du nord-ouest des États-Unis, qui réclame plus de 50 milliards, soutient également que « les affirmations de McKinsey sur son engagement en faveur de la protection de l’environnement contrastent fortement avec les millions de dollars qu’elle a gagnés en aidant ses clients de sociétés de combustibles fossiles et d’exploitation minière à promouvoir des thèmes visant à nier l’existence et/ou la gravité du changement climatique anthropique » causé par l’humain.
La poursuite a été déposée au mois de juin dernier, le verdict n’a pas encore été rendu et les allégations n’ont pas été prouvées en cour.
Parallèlement aux conseils qu’elle donne aux plus grands pollueurs de la planète, McKinsey se spécialise de plus en plus dans les solutions à la crise climatique.
La firme new-yorkaise a développé une expertise pour aider les grandes entreprises et les États à se décarboner, et elle a produit des dizaines de rapports sur la lutte au changement climatique au fil des dernières années, des rapports qui sont souvent cités par des organisations qui relèvent de l’ONU comme la Convention sur la diversité biologique (CDB).
La CDB est l’organe onusien qui encadre les négociations internationales visant à enrayer la perte de biodiversité, comme la COP15 qui a eu lieu à Montréal.
Lorsqu’on écrit le nom « McKinsey » dans la barre de recherche du site de la CBD, on obtient plus de 300 résultats.
Le même type de recherche sur le site du secrétariat de la Convention Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) procure 650 résultats.
Ces résultats font référence à des rapports onusiens qui citent les travaux de McKinsey ou encore des rapports écrits par McKinsey, ou auxquels la firme a participé, comme le document « State of Finance for Nature 2022 », publié quelques jours avant la COP15 à Montréal.
McKinsey écrit également des analyses et des prédictions utilisées par de nombreux gouvernements dans la lutte au changement climatique.
Par exemple, dans le plan de l’Australie pour atteindre la carboneutralité avant 2050, le gouvernement australien cite 29 fois les travaux de McKinsey dans un document de 120 pages publié en 2021.
Dans un échange de courriels, La Presse Canadienne a demandé au chef de l’unité du financement climatique du programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) d’élaborer sur le rôle de McKinsey dans la rédaction du rapport onusien publié avant la COP15 à Montréal.
Ivo Mulder a expliqué que McKinsey avait principalement collecté des données et analysé les besoins en investissement, à l’échelle mondiale, pour limiter le réchauffement à 1,5 degré, tout en précisant que le PNUE avait été la principale organisation à élaborer le rapport.
« La raison pour laquelle nous avons externalisé cette partie est que nous n’avions pas cette expertise dans notre équipe [notamment dans la quantification des besoins d’investissement]. À l’avenir, nous repenserons à ce que nous ferons nous-mêmes et ce que nous demanderons aux partenaires et aux organisations/entreprises externes », a écrit le chef d’équipe de l’agence onusienne.
La Presse Canadienne a aussi questionné Ivo Mulder sur l’apparence de conflit d’intérêts que représente l’embauche d’une firme qui a une longue liste de clients dans l’industrie fossile pour aider à lutter contre les changements climatiques.
Le chef de l’unité du financement climatique du PNUE n’a pas répondu à cette question, et n’a pas donné suite à une demande d’entrevue.
McKinsey est également l’un des commanditaires de la « Climate Week », la semaine sur le climat, qui se déroule actuellement à New York. L’évènement, qui réunit des « leaders de l’action climatique » du monde entier, est organisé en partenariat avec les Nations unies.
« Que McKinsey soit un commanditaire important de la Climate Week est clairement inapproprié et cela mine la crédibilité de l’évènement dans son ensemble, je pense que c’est de l’écoblanchiment », a indiqué Emily Sanders, du Center for Climate Integrity, une organisation environnementale new-yorkaise.
En entrevue avec La Presse Canadienne, elle a ajouté que cette commandite est d’autant plus contradictoire que McKinsey « fait actuellement l’objet d’accusations pour avoir aidé certains de ses clients à induire le public en erreur sur leur rôle dans l’alimentation de la crise climatique », en faisant référence à la poursuite du comté de Multnomah.
McKinsey est aussi présente dans les Conférences des Parties sur le climat (COP).
La firme enverra d’ailleurs une délégation à la COP28 aux Émirats arabes unis au mois de décembre prochain.
« Notre rôle en tant qu’organisateur d’évènements durant la COP28 s’inscrit dans la continuité de l’engagement à long terme du cabinet pour accélérer une croissance durable et inclusive. […] Nous créerons des outils et des solutions climatiques innovantes », peut-on lire sur le site de la firme.
À la COP27 sur le climat en Égypte en 2022, McKinsey a envoyé une équipe et organisé une quinzaine de discussions devant des auditoires auxquels participaient des gens influents.
Par exemple, lors du premier atelier, au deuxième jour de la COP, le président de Qatar Foundation International, Omran Hamad Al-Kuwari, qui a occupé des postes importants dans des entreprises de l’industrie fossile comme Qatar Petroleum et ExxonMobil, participait à un panel sur la transition énergétique avec l’ancien gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney, qui est aujourd’hui envoyé spécial des Nations unies pour le financement de l’action climatique.
Selon la chercheuse à l’University College London (UCL) Rosie Collington, l’implication de McKinsey dans la lutte au changement climatique est de plus en plus considérable.
« Le climat et le développement durable sont parmi les domaines du marché du conseil qui connaissent la croissance la plus rapide. Alors que les gouvernements et les entreprises du monde entier sont de plus en plus sous pression pour répondre à la crise du climat et de la biodiversité, nous avons assisté à une augmentation considérable des services et des produits proposés par le secteur du conseil, y compris McKinsey, qui a investi massivement dans ce domaine, notamment en créant une nouvelle division, McKinsey Sustainability, et en acquérant de plus petits cabinets de conseil », a indiqué la co-autrice du livre The Big Con, une enquête sur la place qu’occupe les firmes de consultants dans la sphère politique.
Selon Denis Martin, professeur à l’Université de Montréal en science politique, « les firmes comme McKinsey sont très impliquées auprès des agences de l’ONU », car celles-ci ont « peu de fonctionnaires et d’analystes, comparativement aux administrations des gouvernements nationaux » et « leur influence au plan international est significative ».
Le spécialiste des questions de gouvernance et de l’éthique parlementaire a expliqué « qu’il n’y a personne comme McKinsey pour produire des algorithmes, des tableaux, des figures, des courbes. Ils ont des capacités analytiques et des systèmes d’information imbattables ».
Ce type de données, « c’est leur force, et quand vous achetez un rapport de McKinsey, vous achetez en même temps, un peu, des informations sur comment les grandes entreprises pensent à propos d’un enjeu », ce qui est profitable pour l’ONU, a indiqué le professeur.
McKinsey tire également des avantages intéressants de sa collaboration avec l’ONU, selon le professeur, « car ça permet à la firme de comprendre les enjeux globaux importants, comme la lutte au changement climatique, qui préoccupent les clients de McKinsey, soit les grandes corporations ».
Ce type de collaboration permet donc à McKinsey « de mieux servir ses clients ».
En ce qui concerne l’apparence de conflit d’intérêts, « tout est affaire de perceptions », souligne Denis Martin en prenant soin d’indiquer que l’expertise fournie par McKinsey est « questionnable, voire critiquable ».
Car, selon lui, « dans la balance entre l’intérêt public et l’intérêt privé des grandes corporations, McKinsey va toujours pencher du côté des corporations », tout simplement parce que la majorité des clients de McKinsey « sont les multinationales et les grandes corporations, et non le restaurant du coin ».
Dans un échange de courriels avec La Presse Canadienne, une porte-parole de McKinsey a indiqué que la firme « publie régulièrement des recherches qui offrent aux leaders les renseignements dont ils ont besoin pour agir » et que « depuis l’élaboration de la première courbe de coûts de réduction des émissions mondiales de carbone en 2007 [toujours connue sous le nom de la “courbe McKinsey”], nous avons soutenu une série d’initiatives visant à accélérer la décarbonisation, notamment en cofondant Frontier, un mécanisme de garantie de marché d’un milliard de dollars pour stimuler la demande future de technologies d’élimination permanente du carbone ».
La responsable des communications Alley Adams a également dirigé l’agence de presse vers un texte écrit en 2021 par Bob Sternfels, l’associé directeur de la firme.
« Nous servons de grands émetteurs, notamment les services publics, les mines, le pétrole et le gaz, ainsi que l’aviation, l’automobile, le transport maritime et la logistique, le ciment, les produits chimiques, l’agriculture, la gestion des déchets, l’aluminium et l’acier. Et non, il n’y a aucune contradiction entre travailler dans ces secteurs et notre engagement dans la transition », car « il n’y a aucun moyen de réduire les émissions sans travailler avec ces industries pour une transition rapide », a écrit le patron de McKinsey.
Le texte de Bob Sternfels se termine sur ces mots : « Les entreprises ne peuvent pas passer du brun au vert sans se salir un peu. Et si cela signifie que de la boue est jetée sur McKinsey, nous pouvons vivre avec cela ».
La Presse Canadienne a demandé à McKinsey si elle pouvait fournir une idée du temps qu’elle investit à aider les grandes pétrolières à réduire leurs émissions de GES comparativement au temps qu’elle investit à les aider à extraire davantage de combustibles fossiles.
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Le recours par le gouvernement fédéral à la firme McKinsey est monté en flèche depuis l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, au point où le cabinet-conseil jouerait un rôle central dans les politiques d’immigration au pays, révèle une enquête de Radio-Canada.
L’influence de cette entreprise de conseils privés, déjà décriée dans plusieurs pays, dont la France, mais aussi au Québec, fait l’objet de critiques au sein de la fonction publique fédérale.
Au total, selon les données des comptes publics de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), les libéraux ont dépensé 30 fois plus d’argent à ce cabinet-conseil que les conservateurs de Stephen Harper, tout en passant moins de temps au pouvoir.
Les contrats se chiffrent en dizaines de millions de dollars et sont parfois donnés de gré à gré, sans appel d’offres.
McKinsey est une firme américaine qui emploie 30 000 consultants dans 130 bureaux répartis dans 65 pays.
Les sommes versées à McKinsey ont explosé entre le règne conservateur et celui de Justin Trudeau, passant de 2,2 millions de dollars en neuf ans, sous Stephen Harper, à 66 millions de dollars en sept ans.
L’analyse des contrats octroyés par SPAC démontre par ailleurs une croissance continue, année après année, sous le gouvernement libéral.
Ces données ne sont par ailleurs pas exhaustives. Nous avons aussi découvert des contrats donnés dans les derniers mois à McKinsey par des sociétés d’État fédérales.
Par exemple, Exportation et développement Canada a dépensé 7,3 millions de dollars depuis l’année passée pour différentes analyses. De son côté, la Banque de développement du Canada a payé 8,8 millions pour des conseils entre 2021 et 2022.
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Des dizaines de millions de dollars ont été accordées à la firme McKinsey par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).
L’analyse des contrats démontre que c’est Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) qui a eu le plus recours à McKinsey depuis 2015, avec 24,5 millions de dollars accordés pour des conseils en gestion.
Avec l'Agence des services frontaliers, ils totalisent 44 % du montant total.
Quel a été le rôle précis de cette firme? Impossible d’avoir des réponses claires.
Le cabinet-conseil a refusé de répondre à nos questions concernant ses différentes implications et ententes avec le gouvernement fédéral. De son côté, malgré notre demande, Ottawa n’a pas voulu partager les rapports réalisés par cette firme.
L’influence de McKinsey sur les politiques d’immigration canadiennes n’a cessé de grandir au cours des dernières années, sans que le public en ait conscience.
C’était complètement opaque! On a demandé de collaborer, pour faire passer nos idées, mais ça n’a pas marché, raconte une source qui a un poste important au sein d’IRCC.
Deux personnes ont accepté de nous décrire les actions menées par McKinsey au sein de ce ministère, à condition de préserver leur identité, puisqu’elles ne sont pas autorisées à parler publiquement. Ces fonctionnaires ont eu de fortes responsabilités au plus fort de la présence du cabinet-conseil et ont témoigné séparément auprès de Radio-Canada.
McKinsey, c’était une idée du gouvernement. Le politique décide pour les fonctionnaires. Ça cause beaucoup d’instabilité opérationnelle, détaille notre seconde source.
Ces gens, ces firmes, oublient l'intérêt général, ça ne les intéresse pas. Ils n’ont pas d’imputabilité.
Une citation de
Une source fédérale liée à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada
Selon l’intitulé des contrats, très flou, McKinsey a notamment été engagé pour développer et implanter diverses stratégies de transformation. Leur mission portait essentiellement sur l’examen, l’élaboration et la mise en œuvre d’outils, de processus et de services numériques, précise un porte-parole d’IRCC.
Ce mandat, ajoute-t-il, a été revu durant la pandémie, avec une hausse de la valeur du contrat, afin d’aider IRCC à répondre à ces pressions découlant de la pandémie, à gérer un nombre accru de demandes et à maintenir des services à la clientèle essentiels.
La firme américaine est un cabinet-conseil ayant 130 bureaux dans 65 pays et regroupant 30 000 consultants.
Des représentants de la firme ont animé une dizaine de réunions du Comité de transformation d’IRCC, ou y ont assisté, d’après des documents obtenus par la Loi sur l’accès à l’information. Aucun détail sur ces présentations n’y figure cependant.
On a eu quelques présentations sur des trucs très génériques, complètement creux. Ils arrivaient avec de jolies couleurs, de jolies présentations et disaient qu’ils vont tout révolutionner, assure l’une de nos sources.
L’immigration, c’est extrêmement compliqué. Tu ne peux pas débarquer avec de gros sabots et dire que tu vas nous apprendre la vie.
Une citation de
Une source fédérale liée à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada
À la fin, on ne sait pas du tout ce qu’ils ont fait, poursuit notre source, en évoquant du joli marketing qui n’est pas de la science.
Au cours d’un comité fédéral fin novembre, des responsables d’IRCC ont brièvement abordé l’implication de McKinsey. C’est pour des efforts de transformation [du ministère], puis la modernisation des systèmes d’immigration, a indiqué la sous-ministre Christiane Fox, en parlant des pratiques [pour] voir comment on peut améliorer nos processus et nos politiques.
Nos sources, en interne, sont peu convaincues.
Selon les dirigeants et politiciens, tout ce qui vient de l'extérieur est toujours meilleur, même s’il y avait déjà beaucoup de ressources en interne, juge l’une d’elle. Ils [chez McKinsey] disent toujours qu’ils ont une grande expertise, mais ça n’a aucun sens, car on avait l’expertise et on a été complètement mis de côté, ajoute notre autre contact.
La potentielle influence de McKinsey sur les seuils d’immigration canadiens est elle aussi déplorée par nos sources.
Cet automne, Ottawa a dévoilé un plan historique, avec l’objectif d’accueillir 500 000 nouveaux résidents permanents, chaque année, d’ici 2025 pour mettre l’accent sur la croissance économique.
Une cible et des propos quasi similaires aux conclusions d’un rapport dévoilé en 2016 par un comité formé par le gouvernement fédéral. Un groupe de conseillers économiques, dirigés par Dominic Barton, alors grand patron mondial de McKinsey, avait été formé par Bill Morneau, l’ex-ministre des Finances.
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L'ancien ministre fédéral des Finances Bill Morneau observe le président du Conseil consultatif sur la croissance économique du gouvernement fédéral, Dominic Barton, en février 2017.
PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / ADRIAN WYLD
Ce comité recommandait à Ottawa d'accroître graduellement l’immigration permanente à 450 000 personnes par année, notamment pour la dynamique du marché du travail. Le Canada accueillait alors environ 320 000 résidents permanents.
À l’époque, publiquement, ce plan ne faisait pas l’unanimité au gouvernement. Le ministre de l’Immigration, John McCallum, parlait d’un chiffre énorme. Ce n’est pas moi qui pousse pour ça, disait-il.
Rapidement cependant, et malgré les critiques en interne, on nous a dit que c’était le plan fondateur, assure l’une de nos sources.
McKinsey dit la vérité, selon son ex-patron
Président de ce comité économique entre 2016 et 2019, Dominic Barton a quitté McKinsey en juillet 2018, après une trentaine d’années de services. Quelques jours plus tard, en août, le cabinet-conseil a commencé son premier contrat avec IRCC.
Dominic Barton a quant à lui été nommé ambassadeur du Canada en Chine par Justin Trudeau, en 2019, avant de quitter ses fonctions deux ans plus tard et de rejoindre la firme Rio Tinto.
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Dominic Barton a été ambassadeur du Canada en Chine entre 2019 et 2021, après avoir passé plus de 30 ans au sein de McKinsey.
PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / PAUL CHIASSON
Juste avant la pandémie, des élus l’ont questionné sur les relations qu’il pouvait avoir avec des entreprises chinoises, au cours de son emploi avec McKinsey. Il a alors donné sa définition du rôle de son ancienne entreprise.
[McKinsey] est reconnue comme étant une firme qui dit la vérité à ceux qui sont au pouvoir et qui dit les choses telles qu’elles le sont.
Une citation de
Dominic Barton, le 5 février 2020, devant un comité fédéral
Quel a été son rôle dans la hausse exponentielle des contrats obtenus par McKinsey auprès du gouvernement fédéral? Les questions posées à Dominic Barton sont restées sans réponse.
Depuis 2011, un groupe de pression a vu le jour, intitulé The Century Initiative ou Initiative du siècle. Ce groupe se définit comme un réseau diversifié qui préconise des politiques et des programmes qui porteraient la population du Canada à 100 millions d’ici 2100. Son cofondateur n’est autre que Dominic Barton, qui était alors le grand patron de McKinsey. L’un des membres du conseil d’administration de cet organisme est également l’un des responsables actuels de McKinsey.
The Century Initiative est également inscrit, depuis 2021, au registre des lobbyistes du Canada, avec l’objectif d’augmenter les cibles d’immigration. Selon nos recherches, plusieurs rencontres ont déjà été organisées avec un membre du cabinet du ministre de l’Immigration, son secrétaire parlementaire, un député conservateur et une députée néo-démocrate.
Outre IRCC, d’autres ministères ont confié des mandats à McKinsey dans les dernières années.
Travaux publics et Services gouvernementaux Canada a eu recours à cette firme pour des services informatiques. Quant à Innovation, Sciences et Développement économique Canada, c’est pour des conseils en gestion, mais aussi des services scientifiques et de recherche qu’il a fait appel à McKinsey.
La Défense nationale a aussi dépensé plusieurs millions pour, par exemple, une orientation en leadership.
Certaines de ces ententes sont d’ailleurs toujours en cours et d’autres dépenses seront à ajouter.
Au total, selon nos recherches, SPAC a signé 18 ententes avec McKinsey, depuis 2021, pour différentes entités fédérales. Le montant grimpe à plus de 45 millions de dollars.
L’intégralité de ces contrats ont été attribués à un fournisseur unique, indiquent les documents obtenus par Radio-Canada. Cela signifie qu’il n’y a eu aucun processus concurrentiel.
Mais pour quelles raisons Ottawa a-t-il fait le choix de faire appel à un cabinet privé?
Interrogé par Radio-Canada, le bureau du premier ministre nous a renvoyés au Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada. Ce dernier explique que l’acquisition de services professionnels permet au gouvernement de compléter le travail des fonctionnaires en faisant l’acquisition d’expertises particulières et de faire face aux fluctuations de la charge de travail.
Selon le porte-parole Martin Potvin, un contrat octroyé à un fournisseur comme McKinsey peut aussi contribuer à combler les pénuries dans certains groupes d’emploi et dans des lieux géographiques précis en vue de maintenir les opérations.
Ottawa ajoute que la décision de recourir à l’approvisionnement pour répondre aux besoins opérationnels revient aux ministères eux-mêmes.
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Des experts déplorent l'influence des firmes privées, dont McKinsey, au sein du gouvernement canadien.
PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / ADRIAN WYLD
Des experts, interrogés par Radio-Canada, sont quant à eux sceptiques.
Comment se fait-il que McKinsey ait les compétences de faire absolument tout ce que fait un gouvernement? s’interroge Benoit Duguay, professeur titulaire à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.
Lui-même ancien consultant (mais pas chez McKinsey), il s’étonne que la firme ait tant de pouvoir d’influence.
Je trouve ça inquiétant. [...] Ça ressemble à un autre ordre de gouvernement. Presque un gouvernement supranational.
Une citation de
Benoit Duguay, professeur titulaire à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM
Ces révélations soulèvent énormément de questions, clame quant à elle Isabelle Fortier, professeure à l’École nationale d’administration publique.
McKinsey est un phénomène tentaculaire, affirme cette spécialiste qui s’est penchée sur le rôle de cette firme en France. Ce recours aux cabinets de conseils reflète une rupture politico-administrative, juge-t-elle.
Le politique peut rêver de bien des choses, mais la machine administrative doit être capable de lui dire ce qui peut se faire dans le contexte actuel. On a laissé tomber cette expertise interne, reprend Isabelle Fortier.
C’est un gouvernement de l’ombre, mais qui agit partout, sans aucune légitimité et sans aucun recul critique, sans aucune transparence.
Une citation de
Isabelle Fortier, professeure à l’ENAP
Le gouvernement du Canada rappelle quant à lui qu’il s’est engagé à fournir des services de haute qualité aux Canadiens et aux Canadiennes et qu’il s’efforce de le faire en assurant le meilleur rapport qualité-prix possible pour les contribuables.
Les ministères sont tenus de respecter des exigences dans l’attribution des contrats de manière équitable, ouverte et transparente, ajoute Ottawa.
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Le Sénat français a enquêté sur le rôle des consultants privés au sein de l'État.
PHOTO : REUTERS / MOUSSE MOUSSE
Ces dernières années, McKinsey a conseillé de nombreux gouvernements nationaux pour lutter contre la COVID-19, notamment ceux des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Allemagne ou encore du Mexique.
En France, McKinsey fait les manchettes depuis plusieurs mois.
En mars 2022, une enquête du Sénat
a conclu à un phénomène tentaculaire et à un recours massif à ces consultants, ce qui soulève des questions quant à la bonne utilisation des deniers publics et à notre vision de l’État et de sa souveraineté face aux cabinets privés.
Selon le rapport du Sénat français, les cabinets de conseil comme McKinsey organisent la dépendance à leur égard.
Le recours aux consultants constitue aujourd’hui un réflexe : ils sont sollicités pour leur expertise (même lorsque l’État dispose déjà de compétences en interne) et leur capacité à apporter un regard extérieur à l’administration.
pour des allégations d’optimisation fiscale, d’irrégularités dans l’attribution des contrats publics et intervention de McKinsey dans les campagnes électorales du président Emmanuel Macron de 2017 et 2022.
Au Canada, des experts réclament eux aussi une enquête publique. On a besoin de transparence, de voir comment ces compagnies de conseil gèrent les contrats du gouvernement, soutient l’avocat ontarien Lou Janssen Dangzalan, qui se penche sur les réformes numériques d'IRCC depuis longtemps.
Le gouvernement a planifié la modernisation du système d’immigration, mais les questions sur la façon de procéder sont légitimes, reprend-il.
Je ne sais pas qui [pourrait le faire] ni comment, mais je rêverais d’une commission d’enquête au Canada pour tout décortiquer, appuie la professeure Isabelle Fortier. Il faut forcer les boîtes noires à s’ouvrir.
Depuis 2016, la firme a obtenu un total de 38 millions de contrats pour aider Hydro-Québec à prendre des décisions. La Société d’État a consulté McKinsey avant de lancer des travaux de réfection d'une centrale hydroélectrique, pour des mandats stratégiques, des questions d'approvisionnements et des innovations, etc.
Le cabinet-conseil McKinsey a aussi fait parler de lui récemment au Québec en raison du rôle central qu'il a joué dans la gestion de la pandémie auprès du gouvernement Legault. McKinsey a eu accès à des informations confidentielles du gouvernement et a reçu 35 000 $ par jour pour ses services, ce qui a créé un malaise au sein de la fonction publique.
En 2021, McKinsey a aussi reçu 4,9 millions de dollars du ministère provincial de l’Économie et de l’Innovation pour l’aider à planifier la relance économique du Québec et à choisir les chantiers à prioriser.
la vérificatrice générale a critiqué la province qui a signé un contrat de 1,6 million de dollars avec la firme privée pour créer une structure de gouvernance afin de faire face à la pandémie. Le gouvernement de Doug Ford a aussi octroyé 3,2 millions de dollars à McKinsey pour l’aider à planifier la reprise économique et la réouverture des écoles.
La VG a notamment conclu que le coût du consultant était supérieur aux taux standards de l’industrie.
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En Paris, Des juges d’instruction enquêtent sur le financement des campagnes présidentielles de 2017 et 2022 et le rôle joué par les cabinets de conseil, annonce le Parquet national financier. Selon « Le Parisien » et « Franceinfo », les campagnes victorieuses d’Emmanuel Macron et le cabinet de conseil McKinsey sont dans leur viseur. L’affaire McKinsey rebondit. Le Parquet national financier annonce, dans un communiqué, diffusé ce jeudi 24 novembre 2022, que des enquêtes sont en cours sur le rôle des cabinets de conseil, lors des campagnes présidentielles 2017 et 2022.
L’affaire McKinsey rebondit. Le Parquet national financier annonce, dans un communiqué, diffusé ce jeudi 24 novembre 2022, que des enquêtes sont en cours sur le rôle des cabinets de conseil, lors des campagnes présidentielles 2017 et 2022.
« Suite à plusieurs signalements et plaintes d’élus et de particuliers, une information judiciaire a été ouverte le 20 octobre 2022, notamment des chefs de tenue non conforme de comptes de campagne et minoration d’éléments comptables dans un compte de campagne, portant sur les conditions d’intervention de cabinets de conseils dans les campagnes électorales de 2017 et 2022 », indique le procureur de la République financier Jean-François Bohnert.
« Suite à plusieurs plaintes d’élus et d’associations, une information judiciaire a été ouverte le 21 octobre 2022 des chefs de favoritisme et recel de favoritisme », ajoute le Parquet national financier dans son communiqué.
Il ne donne le nom, pour ces deux informations judiciaires, d’aucun candidat ni d’aucun cabinet de conseil.
Selon Le Parisien , une enquête a été ouverte courant novembre et vise la campagne d’Emmanuel Macron en 2017, année de sa première élection à la présidence de la République.
Elle vise, selon plusieurs sources, à étudier les liens entre le candidat et le groupe McKinsey. « Elle s’intéresse aux conditions d’attribution de certains contrats publics aux montants colossaux à cette entreprise américaine, ainsi qu’à des soupçons de financement occulte de la campagne victorieuse du chef de l’État de 2017 », précise Le Parisien. En bref, les trois juges d’instruction chargés de l’enquête cherchent à savoir si des contrats publics ont été signés en contrepartie d’un financement politique de la campagne du candidat.
Les enquêtes s’intéressent aux comptes de campagne d’Emmanuel Macron en 2017 et 2022, « et notamment [au] rôle du cabinet de conseil McKinsey », selon Franceinfo .
Le Figaro indique par ailleurs qu’Emmanuel Macron ne pourra pas être entendu avant la fin de son mandat, « eu égard à l’immunité totale et absolue que lui confère son statut de président de la République ».
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english
The comptroller general of Canada has warned his subordinates to be careful about what they put in writing as part of federal government audits of federal contracts awarded to the management consulting firm McKinsey & Company.
Testifying before the House of Commons government operations and estimates committee Wednesday, Roch Huppé confirmed he met recently with the chief financial officers of various federal agencies in connection with ongoing audits of McKinsey contracts.
In response to questions from Conservative MP Kelly McCauley, Huppé confirmed he urged colleagues to consider what they write in connection with these audits, since the documents could eventually be made public.
The committee is studying the federal government's contracts with McKinsey. The firm has received at least $116 million in government consulting fees since the Liberals came to power seven years ago.
The company, which has offices in 65 countries, has often attracted controversy through its work. It's drawn fire for its role in the opioid crisis and for working with authoritarian governments.
Prime Minister Justin Pierre James Trudeau announced a review of his government's contracts with McKinsey last month but the Conservatives have called for the auditor general to probe the issue. The government's review is expected to be complete by the end of June.
"I cautioned people that we need to remain, as public servants, very factual in what we say," Huppé said at the committee.
"So writing personal opinions on different subjects, in emails, is not necessarily the place to do that."
McCauley, who chairs the committee, asked Huppé whether he told subordinates to be careful.
"Be careful what you write down, absolutely," Huppé said. "I did caution people that, as we're dealing with sensitive situations, that you need to remain very factual."
Conservative MP files complaint
McCauley said he would file a complaint with the information commissioner, adding Huppé's comments undermine "the intent and spirit of the Access to Information Act."
"I am greatly worried ... that there's a culture of secrecy, and it appears that you are leaning toward that," McCauley said to Huppé.
"Let me just express my extreme displeasure over the comments made about, perhaps, hiding things from access to information, and continued secrecy from that level."
Mona Fortier, the president of the treasury board, also testified before the committee Wednesday.
Fortier said the public service has many skills but the government must occasionally hire consulting firms to benefit from private sector expertise.

Fortier said she's preparing to improve the proactive disclosure system to provide more information to Canadians on contracts awarded by the federal government.
She promised that the audit of the contracts awarded to McKinsey will be complete by the end of June and will be made public as soon as possible.
Tory MP Garnett Genuis repeatedly asked Fortier if she believes McKinsey is an ethical firm.
Fortier declined to answer those questions directly, instead repeating that the company is eligible to receive federal contracts under the current integrity regime.
That regime prevents the awarding of contracts only when firms are found guilty of having committed certain offences.
In Paris, the probe comes after a Senate inquiry committee revealed that state spending on consulting firms had skyrocketed during President Emmanuel Macron's term in office.
In its report last month, the Senate investigation concluded that public spending on consultants had more than doubled from 2018-2021, reaching more than €1 billion ($1.1 billion) last year, a record.
The investigation, which condemned the “sprawling phenomenon”, also slammed McKinsey – which declared 329 million euros of sales in France over the last ten years – for failing to pay corporate taxes on that money, which McKinsey denies.
Although government use of private consultants is common elsewhere, the practice is viewed with suspicion in France, where an elite civil service is expected to manage public affairs.
Attention has focused in particular on McKinsey, whose eye-watering fees and tax policies have seen it join other US corporate bogeymen in France – from the BlackRock investment group to Goldman Sachs to genetically modified seed-maker Monsanto.
Some of Macron's rivals have hinted at possible criminality while others have focused on what they see as irresponsible spending and overly cosy relations between the government and companies known for high prices and cut-throat business advice.
“With me, consulting groups will be gone,” hard-left candidate Jean-Luc Mélenchon promised last week, while far-right leader Marine Le Pen's party has denounced a “state scandal”.
Several candidates blasted the government for giving private consultants precedence over France’s highly trained civil servants, noting that their reach extended well beyond management of the Covid-19 pandemic.
McKinsey “received half a million euros to reflect on teachers’ jobs", said Nathalie Arthaud, the candidate from the hard-left Lutte Ouvrière (Workers’ Struggle) party, herself a teacher.
“I reflect on my job every day when I face my students (...) but I don’t ask for half a million; I ask for a decent pay rise, like many workers.”
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-prada- Adi Mulia Pradana is a Helper. Former adviser (President Indonesia) Jokowi for mapping 2-times election. I used to get paid to catch all these blunders—now I do it for free. Trying to work out what's going on, what happens next. Arch enemies of the tobacco industry, (still) survive after getting doxed. Now figure out, or, prevent catastrophic situations in the Indonesian administration from outside the government. After his mom was nearly killed by a syndicate, now I do it (catch all these blunders, especially blunders by an asshole syndicates) for free. Writer actually facing 12 years attack-simultaneously (physically terror, cyberattack terror) by his (ex) friend in IR UGM / HI UGM (all of them actually indebted to me, at least get a very cheap book). 2 times, my mom nearly got assassinated by my friend with “komplotan” / weird syndicate. Once assassin, forever is assassin, that I was facing in years. I push myself to be (keep) dovish, pacifist, and you can read my pacifist tone in every note I write. A framing that myself propagated for years.
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